Message poétique et message politique aux Orientales

De retour de St Florent le Vieil, charmant village niché au cœur de la vallée de Loire entre Anger et Nantes, fief de l’écrivain surréaliste Julien Gracq, qui accueille pour la 11ème année un festival de traditions musicales d’Orient « Les Orientales » que l’on n’attendrait pas ici et qui nous plonge dans le dépaysement, la curiosité et le questionnement. Un voyage véritable.
Le festival nous fait vivre des rencontres qui nous interpellent sur l’état du Monde et sur son avenir agité et nous amène à y porter un regard de poète parfois révolté devant l’injustice des peuples opprimés. Le message politique trouve sa légitimité à coté du message poétique.
Rencontre avec la réalisatrice Jeanne Mascolo, spécialiste entre autre de la culture tibétaine, sur la douloureuse question du Tibet, autour de la projection du film documentaire sur le Tibet Libre : Kalachakra, film tourné en 2000
Le Tibet, comme la Birmanie, pose aux yeux du Monde, un problème humain, culturel et politique récurrent depuis 1950, date de son invasion par l’armée chinoise de la libération. Pour nous voyageurs, au-delà du drame humain qui a couté la vie à 1,2 M de Tibétains (chiffrés contestés par plusieurs études chinoises et occidentales) et qui continue à se jouer entre les exilés Tibétains résidants en majorité en Inde où s’est réfugié leur maitre spirituel le Dalai Lama (environ 150 000 personnes), et les Tibétains qui demeurent au Tibet soit 2,6 million d’individus et qui sont niés par les Chinois en tant que peuple indépendant, doit-on continuer à voyager au Tibet ? Alors que les autorités chinoises n’y respectent aucune des valeurs chères aux Tibétains et veulent éradiquer toute trace de cette culture embarrassante. La mission du Tibet, cause au combien perdue, car les chinois considèrent que ce territoire leur appartient et qu’ils sont en mesure de le moderniser, est-elle de défendre les valeurs bouddhistes de non violence, d’amour et de compassion, à la face du Monde ? C’est l’opinion du Dalai Lama toujours très populaire auprès de son peuple. Le film de Jeanne Mascolo nous rappelle que les valeurs du Tibet survivent malgré l’oppression, mais pour combien de temps ?
Le choc émotionnel de la rencontre des cultures Berbères et Indiennes
Traditionnellement, le festival des Orientales se veut l’expression fidèle et puriste des traditions musicales du Monde menacées de disparition. Pour en assurer la pérennité et aussi pour proposer une représentation du Monde tel qu’il est aujourd’hui, la programmation se permet quelques écarts et offrent à son public des belles rencontres complices dans des lieux inhabituels pour ce genre de manifestations. Samedi soir nous assistons, dans l’enceinte monumentale de l’abbatiale mauresque de St Florent, magnifiquement restaurée, à une rencontre entre culture Berbère et Indienne. La rencontre presque improvisée entre Driss El Maloumi, né à Agadir en terre Berbère, luthiste bien connu en Orient et en Occident au touché si délicat et profond, aux confluences du Soufisme et le Pr. Debahish Bhattacharya, digne représentant de la musique classique indienne, pionnier de la slide guitare, guitare couchée qu’il pratique en virtuose. Les rencontres musicales, toujours pertinentes et éclairantes, ne doivent-elles pas nous influencer dans nos désirs de voyage ?
La nouvelle pop orientale mix subtilement électro et musique traditionnelle

Le concert de clôture de NIYAZ ce 1er WE nous prouve, si besoin est, de la nécessité pour les cultures du Monde de se frotter à la modernité musicale, si elles souhaitent poursuivre leur oeuvre d’illumination du Monde.
Le travail artistique de Niyas s’inscrit dans la mouvance de celui de Nithin Sawney, artiste indo-britannique, considéré comme un des pionniers de la scène underground asiatique, un genre musical mélangeant des influences musicales sud-asiatiques, à l’électronique et au breakbeat et celle de Mercan Dede alias DJ Arkin Allen, né en Turquie, qui mixe musique Soufie et electro.
Niyaz (نياز), trio de musiciens d’origine iranienne, exilés à Los Angeles, délivre une musique qui mêle subtilement mystique Soufie et transe électro . Le groupe créé en 2005 par le DJ, programmeur / producteur et remixeur Carmen Rizzo, la chanteuse et joueur de cymbalum martelé Azam Ali – entre diva gothique et princesse persane- et le multi instrumentiste Loga Ramin TORKIAN, accueille dimanche soir en son sein, un jeune tablaiste afghan, qui se révèle le cœur palpitant du groupe, comme le reconnaît sa délicieuse chanteuse.
Dimanche soir, dans la chaleur étouffante du café Orientale, chapiteau éphémère dressé au cœur de St Florent, l’Olympia des Orientales, NYIAS, sous le charme de sa charismatique chanteuse à la voix suave, réussit l’impossible : faire danser les festivaliers habituellement lovés dans les confortables coussins et tapis qui jalonne nt le sol du chapiteau . La culture festive, qui coule dans les veines des iraniens même exilés et plus largement aux orientaux, conclut idéalement ce 1er WE des Orientales, tropical, doux et reposant et aussi interpellant. On souhaite que cette fête spontanée influence durablement les organisateurs afin qu’ils programment davantage de RDVs de cette trempe en offrant la possibilité au public, de communiqué avec les artistes.


